
Les escortes et la lingerie
30 juin 2026
Ignasi Barraquer
30 juin 2026La maîtresse…« l’autre », « la femme fatale », apparaît aux yeux de la société comme une personne sans scrupules, qui enfreint ouvertement les exigences éthiques et morales.
Toujours considérée comme la pomme de discorde entre les heureux époux, celle qui remet en cause le bonheur familial parfait. Pour la société la plus « libérale », la maîtresse était « la mal-aimée » ; elles étaient traitées comme des femmes de seconde zone, ce qui constituait une discrimination manifeste à leur égard, malgré la tolérance dont bénéficiaient les minorités d’autres secteurs qui étaient mal vues ou victimes de discrimination.
La mauvaise image de la maîtresse est-elle justifiée alors que, dans tous les cas, la volonté des deux est nécessaire ? Est-il possible de bouleverser des relations stables aux racines profondes ? Ou bien celles-ci présentaient-elles déjà des fissures qui les sapaient ?… Les relations extraconjugales sont-elles la seule cause d’une séparation ? Ou s’agit-il d’une échappatoire parmi tant d’autres pour un couple qui ne ressent plus de passion, d’attirance, etc.… une maîtresse secrète.
La maîtresse se défend rarement, car elle est tiraillée entre la raison et le cœur, entre la lumière et l’obscurité d’une relation qui ne lui permet pas de remonter à la surface, la condamne à rester dans l’ombre, craignant le mépris d’une société qui, de surcroît, ne comprend pas la souffrance psychique dont souffre la maîtresse d’un homme engagé. Cet amour ne peut exister que grâce à son renoncement et au fait qu’elle n’exige pas d’engagement.
Elles finissent par vivre des contradictions angoissantes et, quoi qu’il en soit, c’est elle qui supporte toutes les conséquences et les inconvénients de cette relation au sein de la société et, parfois, dans leur propre vie, ce sont elles. Le destin ou la double vie d’une maîtresse n’est absolument pas facile à supporter : ici, en tant que célibataire libérée… là-bas, en tant que compagne discrète, et toujours avec l’espoir d’une vie commune à l’avenir.
Comment gèrent-ils la clandestinité ?
Les maîtresses adoptent essentiellement deux comportements totalement opposés : une attitude plutôt compréhensive et tolérante, d’une part, et une attitude exigeante et active, d’autre part, que l’on attribue à la « méchante séductrice ».
Les maîtresses « compréhensives » s’abandonnent sans se plaindre, se résignent naturellement à un destin qui, s’il offre certes certains avantages et une certaine excitation érotique, présente également des traits évidents d’autodiscrimination. Elles n’imposent pas de décision ni de rupture (elles craignent l’effet boomerang que provoquerait le fait de le mettre dos au mur), d’autant plus que, dans de nombreux cas, elles ne le souhaitent pas non plus (elles éprouvent un sentiment de culpabilité car leurs partenaires ont des enfants et elles ne veulent pas créer de conflits avec eux).
La maîtresse « active et exigeante » se bat pour conquérir l’être aimé en misant de plus en plus haut dans ce classement ; elle exige donc de son amant davantage d’attention et d’engagement, quelle que soit la situation. Même si elles peuvent paraître égoïstes, elles savent pertinemment que leur amour doit être réciproque et exclusif ; pour cela, elles n’hésitent pas à briser le charme de cette passion si elles ne se trouvent pas en position dominante.
La distance a son importance…
L’amoureuse de « l’impossible proche » :
L’obligation de garder secrète une relation, et le fait que la maîtresse doive entrer en cachette par la porte de derrière, constituent l’un des aspects des relations extraconjugales qui provoquent le plus de malaise, tant pour lui que pour la « maîtresse ».
L’univers de « L’Amante » ne représente qu’une infime partie de la réalité, car si l’amant parvient à s’échapper sept heures par semaine pour être avec elle, cela ne représente qu’une quinzaine de jours ridicules sur une année entière.
On comprend donc que, selon ce calcul, la « Maîtresse » passe les 350 jours restants à réfléchir, à rêver… tout en maudissant et en maugréant contre cet amour qui semble à la fois possible et inaccessible.
En effet, dans cette « affaire », ils refusent d’avoir une conversation sincère avec leur épouse, même si leur maîtresse tente par tous les moyens de les en convaincre. En effet, plus leur sensibilité est marquée, plus leur capacité à garder leur relation secrète est fragile. En général, ils ne peuvent pas compter sur la compréhension de leur partenaire officielle, car lui demander d’être compréhensive alors qu’elle est trompée reviendrait, à juste titre, à lui en demander trop. Pour être honnête, les « maîtresses » qualifient souvent les réactions des épouses d’hystériques… mais on pourrait se demander s’il ne s’agit pas d’une réaction justifiée, car pour elles et de leur point de vue, cela représente une menace pour leur existence et leur famille, ainsi qu’une preuve de leur manque d’attrait en tant qu’amantes. Il faut donc reconnaître que leur réaction est compréhensible, même lorsqu’elles utilisent l’hystérie comme une arme contre leur mari.
Malgré leur vie clandestine, elles s’efforcent d’atténuer ce sentiment d’être dans l’ombre afin que leur amie ne se sente pas mise à l’écart.
Mais lorsqu’ils décident de sortir ensemble, ils le feront dans des endroits où ils sont sûrs de ne pas être reconnus, même si les villes favorisent de plus en plus la clandestinité. Il faut également noter que toute vie clandestine a son attrait tant que son objectif réside dans le charme du « petit secret »… Se moquer un peu de notre cher prochain est une tentation plutôt séduisante…
Cependant, une relation extraconjugale fondée sur un mensonge pieux conduit la maîtresse à voir sa vie se bloquer et se paralyser. Elle, qui était auparavant une personne libre, doit désormais se conformer à un moule pour rester disponible… et dont la seule conséquence sera : d’attendre… d’attendre et d’attendre…
L’amante de « l’impossible lointain » :
Le stress émotionnel des amantes dont le compagnon vit ou travaille loin d’elles semble relativement moindre, car dans ce cas, les rencontres ne peuvent pas être organisées de manière spontanée.
Ils doivent se mettre d’accord et les planifier soigneusement. Dans ces cas-là, elle ne se désespère pas, elle ne ressent pas cette immense incertitude qui conditionne la vie de la maîtresse, puisqu’il n’y a pas cet état d’attente passive.
Elle peut disposer de tout son temps en toute liberté, et elle en profite, tout comme de son indépendance, puisqu’elle intègre son amant dans sa vie à long terme, ce qui lui permet de se sentir moins « dans l’ombre » en tant que femme.
D’autre part, le fait qu’il vienne puis s’en aille laisse derrière lui des blessures ouvertes qui mettent du temps à cicatriser.
Entre l’indépendance et l’amour se succèdent des phases de vide intérieur et parfois même de véritables dépressions… « L’Amante » a besoin de temps pour avaler ce nœud de tristesse jusqu’à ce qu’elle redevienne celle qu’elle était avant, en attendant la prochaine rencontre, en limitant l’attente (« désir positif »), tandis que resurgissent rêves, fantasmes et illusions qui deviennent d’autant plus agréables que le moment des retrouvailles approche, même si celles-ci aspirent également à la fin de leur vie dans l’ombre.
Qu’est-ce qui les attire tant chez elles… chez eux…
On peut dire tout ce qu’on veut de ceux que l’on aime… sauf une chose : qu’ils sont des hommes vulgaires ou ordinaires…
Nous ne disons pas que ce qui attire les « maîtresses », c’est l’argent ou le statut social, mais plutôt un type d’homme dans lequel elles voient inconsciemment un modèle à suivre.
Et voilà le problème : elles placent des attentes démesurées, et peut-être irréalistes, dans leur compagnon… C’est la raison pour laquelle elles se placent souvent, et de leur plein gré, dans la position de « deuxième femme ».
Elles admettent sans détour qu’elles ne sont pas disposées à renoncer à un certain niveau intellectuel, social et esthétique, uniquement pour nouer une relation intime.
« L’autre » ne recherche pas l’union et l’engagement à tout prix ; grâce à cette sélectivité, elle analyse minutieusement le marché masculin, et le plus regrettable, c’est que ceux qui lui restent sont précisément ceux qui bénéficient d’un statut social et économique élevé.
On ne peut guère s’étonner de constater que ce sont surtout les hommes occupant des postes élevés et prestigieux qui ont une maîtresse.
Une enquête réalisée au hasard a donné les résultats suivants : la liste des adultères est dominée par ceux dont l’activité professionnelle s’inscrit dans le domaine des sciences humaines ou des sciences sociales : 30 % des hommes mariés ayant une maîtresse attitrée sont médecins, psychologues, enseignants ou travailleurs sociaux.
Cela n’a rien d’étonnant si l’on considère que ces activités leur offrent non seulement de formidables occasions d’entrer en contact avec d’autres personnes, mais leur permettent également de garder ces amitiés secrètes. – 22 % d’entre eux sont des représentants des sciences naturelles et des lettres, des intellectuels ou des créateurs, tels que des physiciens, des linguistes, des designers, des journalistes et des théologiens. – 20 % proviennent de l’administration et de l’industrie ; il s’agit de cadres, de conseillers économiques et financiers ou d’entrepreneurs. – 15 % occupent des postes bien rémunérés dans le domaine du commerce. – 10 % travaillent dans la gastronomie. – 3 % sont des employés, des techniciens et des professionnels du secteur des services.
Même s’il n’existe évidemment pas de profil type de l’adultère, on observe toutefois un certain nombre de caractéristiques communes. Presque tous les maris infidèles sont considérés, dans leur entourage, comme des hommes sérieux, distingués, habiles, sûrs d’eux, intelligents, énergiques, ambitieux, dynamiques et persévérants.
Il semble que seuls quelques-uns d’entre eux soient décrits comme casaniers, timides ou rigides. L’âge moyen est de 37 ans et, dans leur milieu professionnel, ils sont non seulement respectés et redoutés, mais aussi enviés pour leur souplesse et leur autorité.
Trois amants sur quatre décrivent leurs partenaires comme la « personne qui réussit » par excellence. Leur emploi du temps est souvent incompréhensible pour leur famille, car ils incarnent la figure de « l’homme formidable » doté de multiples talents, toujours en mouvement et toujours actif… et même si c’est souvent le cas, cela leur sert également de paravent pour fuir la réalité et s’échapper de temps à autre avec « l’autre ». Profil des amants.
La discrétion imposée crée une seconde réalité : chacun, dans son univers propre, se retrouve dans un paradis d’heures volées, mais cette oasis a un prix… Tant le mari infidèle que l’amante secrète sont contraints de mener une double vie.
Elle doit également s’adapter à un changement radical de ses habitudes, y compris dans sa vie quotidienne ; ses amies s’habituent à ses changements de programme soudains ; peu d’emplois s’adaptent à ces horaires ou à ces jours clés ; lors des fêtes où se réunissent la famille et les couples, elle se retrouve toujours seule et souvent triste,etc… et tout cela pour rester disponibles.
Il a toujours recours à des mensonges pieux et à des excuses à double titre (réunions, heures supplémentaires, déplacements…) pour s’assurer cette intimité, même s’il est indispensable qu’elle s’adapte à ces interruptions peu prévisibles, et bien sûr, elle doit avoir une grande force de caractère.
Le prototype des « maîtresses modernes »
« Des femmes célibataires en quête du grand amour », des femmes indépendantes, exerçant une profession exigeante, avec ou sans enfant :
La « nouvelle maîtresse » ne se distingue que par son intelligence, son sens des responsabilités et son indépendance dans tous les domaines de la vie.
L’âge moyen des « maîtresses d’aujourd’hui » se situe aux alentours de la trentaine. Elles vivent toutes seules, mais les femmes divorcées sont davantage confrontées à des difficultés financières que celles qui sont célibataires par choix, pour qui la carrière revêt une grande importance, ce qui leur est bénéfique à tous les égards.
Elles ne sont pas des « maîtresses par conviction » ; en réalité, elles n’ont jamais accepté le statut de « deuxième femme » ; ce n’est qu’à titre exceptionnel qu’elles ont cru, à l’instar des femmes de quarante ans, pouvoir profiter des bons côtés de la vie.
La « maîtresse » typique est, contre son gré et pourtant par sa propre faute, une femme reléguée dans l’ombre… car l’adultère moderne n’est plus celui qui cache discrètement son alliance dans la poche de son pantalon, mais celui qui met les cartes sur table dès le début de l’aventure amoureuse. En effet, de nombreux sondages montrent que 90 % des maîtresses connaissaient dès le départ l’état civil de leur nouvel amant.
« Les ex-épouses-mères « ayant une expérience du mariage et de la famille » :
Ces femmes sont celles qui, après de nombreuses années de mariage, se retrouvent confrontées à une séparation.
Ce tournant décisif dans leur vie survient, dans la plupart des cas, lorsque les enfants sont déjà adultes ou commencent à prendre leur indépendance.
« Les ex-épouses-mères » apprennent à apprécier leur liberté et ne veulent la perdre pour rien au monde. Elles n’envisagent en aucun cas de se remarier, mais n’écartent toutefois pas l’idée d’avoir une relation de type « libre et sans engagement ».
Pour elles, un homme marié est la solution idéale, car il leur garantit un équilibre sain entre « distance et proximité ».
Consciente que son âge ne lui permet plus de rivaliser, elle a appris à revoir ses attentes à la baisse. Bien sûr, cela fait toujours mal d’être la numéro deux. Mais les amoureuses de liberté acceptent ces quelques notes d’amertume, car en devenant indépendantes, elles ont développé leur propre philosophie de vie.
Ces femmes se caractérisent par un égoïsme très sain et un scepticisme caractéristique qui les protègent contre les amères déceptions, et qui leur permettent de ne pas souffrir de leur statut d’« maîtresse », mais de garder les pieds fermement ancrés dans la réalité.
« Les maîtresses d’âge mûr » :
Toutes les femmes mûres n’ont pas forcément d’enfants ni n’ont eu de relations stables au cours de leur vie.
Ce sont des femmes qui se retrouvent seules après plusieurs relations qui ont échoué. Lorsqu’une femme mûre et ayant une expérience professionnelle devient maîtresse, elle le fait, dans la plupart des cas, de son plein gré et non pas « pour séduire un homme marié ».
En d’autres termes, « les femmes de plus de quarante ans » « ne fuient pas le feu pour tomber dans les braises » ; c’est pourquoi l’homme marié s’impose presque comme le partenaire idéal.
Après un mariage ou des relations qui ont échoué, elles peuvent souvent retomber amoureuses, trouver de la reconnaissance et de l’attention, sans avoir à donner quoi que ce soit en échange. Peu de femmes mûres voient leur vie privée et leur quotidien affectés par leur statut de « deuxième femme » ; elles considèrent leur relation avec cet homme marié comme source de plus de bonheur et de satisfaction, et ne connaissent pratiquement pas le tourment intérieur des maîtresses plus jeunes, dont les souffrances et les conflits finissent par assombrir le plaisir.
Cela s’explique par le fait que la maîtresse de plus de quarante ans n’éprouve pas ces aspirations romantiques et aspire à profiter pleinement de la vie, ce qui implique une certaine superficialité défensive et le fait de vivre « l’ici et maintenant ».
Ils ont développé un égoïsme sain qui leur permet de profiter pleinement de leur rôle d’amant sans faire souffrir personne.
« Les épouses insatisfaites », ou peu comblées, qui recherchent elles aussi une stimulation sexuelle en dehors du mariage :
La femme adultère devient une réalité, bien qu’invisible, à l’époque moderne, recherchant non seulement un refuge affectif, mais aussi un désir charnel qui l’amène à ne pas se contenter de son mariage comme seul moyen de trouver un épanouissement physique ; pour elles, c’est souvent une question d’équilibre et elles partent du principe qu’il s’agit d’un échange d’émotions et non d’une rupture de la vie commune avec leur conjoint légal.
« Celles qui couchent pour réussir »… des femmes qui mènent à bien leurs ambitieux projets professionnels en passant par le lit de leur patron :
Partons du principe qu’il y a plus d’hommes cadres que de femmes cadres…
Pour une femme, le chemin vers l’indépendance ou vers un poste de direction est un parcours semé d’embûches.
Sur un marché du travail très concurrentiel, le lit du patron peut s’avérer être bien plus qu’un simple obstacle : selon beaucoup, c’est un « tremplin professionnel ».
Le fait est que les femmes continuent d’être victimes de discrimination sur le marché du travail et dans la vie professionnelle : partout où il existe des relations de dépendance, il y a toujours quelqu’un qui tente d’en profiter.
D’un point de vue théorique, il est toujours possible que certaines femmes tirent un avantage professionnel de leur rôle de « maîtresse du patron », mais les femmes émancipées, intelligentes et ayant des ambitions professionnelles évalueront certainement avec beaucoup de prudence les risques liés à une telle aventure.
La plupart d’entre elles sont un peu plus jeunes que leurs prétendants et, en réalité, elles tirent largement parti de la richesse et de la position sociale de leur ami, bienfaiteur ou supérieur.
Elles accordent une grande importance à l’apparence physique et au luxe ; elles se laissent choyer tant sur le plan sexuel que financier. Le seul point commun qu’elles ont avec les «maîtresses »typiques, c’est qu’elles vivent toutes deux leur histoire d’amour dans l’ombre.




